Le Vernis

Ponçage canoë

 

"Vous vous imaginez peut-être qu'il suffit d'acheter, chez un droguiste, un quelconque vernis et d'étendre cette mixture à grands coups de pinceau. Quelle erreur ! Chaque canoéiste connaît une marque et, dans cette marque, une qualité, l'unique, celle qui donnera à l'acajou le brillant du miroir, celle qui résistera à tous les chocs, à tous les raclements sur le sable [...] Bref, le vernis des vernis !

Et ne croyez pas qu'un liquide aussi précieux s'applique sans précaution. Les amateurs dignes de ce nom choisiront leur pinceau avec amour, une brosse douce qui n'ait aucune tendance à la calvitie. [...] Mais là ne se borne pas la préparation d'une oeuvre aussi capitale. Il faut s'assurer que le fond est sec, archi-sec ; il faut connaître l'état hygrométrique de l'air, la température ambiante [...]" (Gaubert 1946, p. 55).

 

Le vernis est cette couche qu'on applique sur des objets en bois afin de les protéger de l'eau, de la pourriture, des insectes, saletés... et surtout qui fait briller le bois.

C'est un produit liquide qu'on applique au pinceau et qui durcit en une journée.

 

En matière de rénovation, soit le vernis est encore bon et on veut simplement le rafraîchir, soit il ne tient plus et on doit le refaire entièrement.

 

La procédure s'articule toujours en deux temps : 

  1. retirer le vernis abîmé (voir les onglets Décaper, Poncer);
  2. passer une nouvelle couche de vernis (ou plusieurs).

Vernir

 

Ouvrir le pot délicatement sans y introduire de saletés.

 

Surtout ne pas brasser le vernis, comme on le fait pour une peinture. Ça ferait des bulles qui ne disparaitraient pas sous le pinceau.

 

Si une pellicule dure s'est formée en surface, la découper soigneusement au cutter (pas au tournevis) et sans faire de "miettes" (qui se mélangeraient au vernis et seraient bien difficiles à supprimer) et la sortir du pot.

Au besoin, si des impuretés compromettent un vernis lisse, "passer" le liquide par un tissu propre (genre bas).

 

Ne pas tremper son pinceau dans le bidon d'origine afin de le conserver toujours propre. Verser une petite quantité de vernis dans un récipient prévu à cet effet et y tremper son pinceau.

 

Si on doit diluer le vernis, prendre le temps de bien mélanger car le diluant (plus volatile) a tendance à rester en surface et à ne pas se mélanger.

 

Matériel :

Vernis marin, pinceau, diluant et nettoyant du vernis, récipients, chiffons.

 

 

Le vernissage

 

La transparence d'un vernis tient à la préparation du support, à la propreté des lieux, du liquide et du pinceau, à la finesse des couches appliquées et au ponçage systématique entre les couches (sauf éventuellement avant la dernière, Boutin 1961, p. 203).

 

  • Étaler une fine couche de vernis sur le bateau sur une surface modeste d'environ 50 * 50 ; sinon le vernis sèche et il devient délicat à étaler.
  • Croiser les passes mais lisser la dernière, toujours dans le même sens, d'un bout à l'autre du bateau.
  • Ne pas repasser sur des couches de vernis ayant commencé à prendre au risque de laisser des traces de pinceau.
  • Soit retirer les impuretés (poils de pinceau, insecte...) avec une aiguille sur vernis frais, soit attendre le ponçage.
  • Poncer fin entre chaque couche. "[...] enlever le brillant de chaque couche (sauf la dernière) au papier abrasif fin, et donner en tout 4 ou 5 couches." (Steward 1964, p. 190). Non seulement pour retirer le brillant qui gênerait l'accroche de la couche suivante mais aussi pour éliminer les saletés et imperfections. Bien sûr, si le vernis n'est pas sec (il peluche sous le papier de verre) attendre un peu.

 Orca Boats propose sa vidéo (3'19).

 

Astuces

  • De P. Bigand : "passer" le liquide dans un bas pour l'épurer de ses inévitables impuretés de sorte que les dernières couches de vernis soient les plus lisses possibles.
"passer" le vernis
  • Le droitier aura intérêt à vernir de droite à gauche, de manière à pouvoir prendre appui sur le bateau avec sa main gauche, libre, sur du bois sec (Boutin 1961).

 


Laisser sécher

 

Une fois passé, le vernis doit sécher à son rythme dans un local propre, sans courant d'air ni trop chaud.

Ne surtout pas exposer le bateau au soleil pour en accélérer le séchage. L'humidité du bois, en ressortant des fibres tendrait à décoller le vernis trop frais, donc à le faire cloquer (Boutin 1961, p. 189).

Si un courant d'air lève de la poussière, elle se déposera inévitablement sur le vernis frais et y sèchera. Il faudra alors forcément poncer et repasser une couche supplémentaire.

 

 


Rafraichir un vernis

 

Rénover un vernis défraîchi demande une bonne préparation si on souhaite un résultat correct.

 

Boutin (1961, p. 203) propose de ne pas poncer plus que nécessaire. Poncer fin. Régulièrement, passer un chiffon imbibé de diluant. Si le vieux vernis semble avoir retrouvé sa jeunesse, arrêter-là le ponçage.

 

 


Refaire entièrement un vernis

 

Refaire complètement un vernis écaillé est par contre une tâche longue et particulièrement fastidieuse.

  

En plus d'une rénovation superficielle, il faut de quoi supprimer l'ancien vernis qui adhère encore au bois : décapeur chimique (type Décapex) ou racloirs manuels. Les deux méthodes ont du bon et du moins bon.

 

La ponceuse peut être adaptée aux périssoires mais pas aux canoës. Dès qu'il y a des clous, le ponçage agressif d'une ponceuse lime les têtes de clous au risque de les faire disparaître. On se retrouve alors avec des clous enfoncés dans les membrures mais qui ne tiennent plus le bordé.

De plus, elle risque de laisser des traces de ponçage impossibles à camoufler, d'affaiblir le bordé en l'amincissant, voire de le percer !

 

L'avantage du décapant chimique est qu'il peut être appliqué sur des surfaces cloutées alors que le racloir va s'y abîmer ou abîmer les têtes et pointes de clous.

 

L'avantage du racloir est de ne pas salir autant alors que le décapant laisse une mélasse extrêmement collante. De plus, il fait un travail plus rapide sur surfaces non clouées (type périssoire, pontet, plat-bord, barrot). 

 

 


Propreté de l'atelier

 

La base est que le bois doit être finement poncé et débarrassé de ses moindres saletés. Pour ça, on aura pris soin de poncer progressivement plus fin, à la main.

On aura aussi bien aspiré et nettoyé le bois du bateau et l'atelier : aspirateur, balayette, aimant (si paille de fer), chiffon propre et finalement chiffon propre imbibé de diluant pour laisser une surface dépourvue de toute trace de gras ou autre.

 

 


L'huile de lin

 

On peut passer un badigeon d'huile de lin pour bien imprégner le bois et améliorer l'étanchéité (Gaubert 1946, p. 54).

Il ajoute qu'une huile crue sèche "désespérément" lentement, alors que cuite c'est plus rapide.

Pourtant, Boutin (1961, p. 191) conseille de "Ne jamais utiliser d'huile lin cuite comme couche d'impression sur le bois, car on s'expose à y voir mal adhérer la couche d'apprêt ou de peinture."

 

Nous n'avons pas pratiqué l'huile de lin. S'agit-il du même procédé, controversé ?

 

 


Le local

 

Pour faire un beau vernis, il vaut mieux éviter le plein air ou le garage tout sale. L'idéal serait d'avoir un local dédié, sans aucune pénétration de poussière ni courant d'air.

Mais on peut aussi acheter de fines bâches plastiques (vendues pour protéger les sols des travaux de peinture) et les tendre autour du bateau pour se "constituer" un local-peinture clos.

 

"Il faut, pour le séchage, s'assurer d'un local tendu de doubles, de triples rideaux, où ne puisse s'infiltrer la moindre poussière." (Gaubert 1946, p.55).

 

 


Le pinceau

 

Choisir une bonne brosse qui ne perde pas ses poils. Rien n'est plus agaçant que devoir retirer les poils du pinceau, collés au vernis.

Faire particulièrement attention quand la brosse est neuve. C'est là qu'elle perd plus ses poils.

 

Choix et préparation

 

Boutin (1961, p. 178) conseille une brosse de 6 à 8 cm de large pour les grandes surfaces.

 

Si le pinceau est neuf :

  • Le frotter dans la paume de la main pour en faire tomber les poils cassés ou mal fixés.
  • Le faire tremper dans de l'huile de lin crue au moins 24 h.
  • Le nettoyer à l'essence de térébenthine et l'essuyer avec un chiffon propre.
  • Couper les poils récalcitrants.

 

Entretien

 

Nettoyage léger

 

Si on veut faire une pause tout en évitant que le vernis colle les poils, on peut le suspendre dans un récipient de dilluant, sans le faire reposer sur ses poils au fond.

 

Nettoyage du soir

 

Le soir, bien le nettoyer au diluant et l'emballer dans du papier journal.

 

Nettoyage complet

 

Quand on veut stocker le pinceau, compléter le nettoyage par un savonnage généreux dans la êaume de la main.

 

"Rattraper" un pinceau durci

 

Boutin propose de laiiser tremper le pinceau dans un décapant chimique (genre décapex) toute la nuit afin de ramolier les poils et de reprendre un nettoyage du soir.

 

 

Prendre soin des soies en évitant le nettoyage sur des surfaces rugueuses et en choisissant un bol à verni suffisament large.

 

 


La météo

 

On ne peut pas vernir n'importe quand si on souhaite faire un bon travail. Ni trop chaud (le vernis sèche trop vite, il s'épaissit et devient délicat à tendre), ni trop froid, pas de vent (pour éviter les poussières et l'assèchement prématuré du vernis), pas d'humidité, surtout pas en plein soleil...

 

Il faut veiller à attendre les conditions favorables.

 

Boutin (1961, p. 200) propose, en cas de nécessité de vernir sur bois humide, de passer un chiffon imbibé de diluant juste avant de vernir. Le diluant, en s'évaporant, emporterait avec lui une partie de l'humidité du bois.

Il déconseille fortement d'accélérer le séchage du bois avec un radiateur. L'humidité du bois, au lieu de sortir du bois, rentrerait plus profondément et ressortirait pendant le séchage du vernis.

 

Par temps froid, on peut liquéfier un vernis trop visqueux en le réchauffant au bain marie.